Pavarotti s’est éteint cette nuit et avec lui s’est tue une voix qui s’était faite ambassadrice d’une musique dont on ne trouve guère les traces aujourd’hui que dans les ascenseurs ou sur les interminables serveurs vocaux de sociétés qui veulent faire classe, sans rien verser à la SACEM. La musique pour faire patienter à trente quatre cents la minute c’est bien, mais autant qu’elle soit dans le domaine public, c’est gratuit (la musique pour eux, pas le temps de communication pour nous).
J’ai appris la nouvelle à la radio et la présentatrice a invité ses auditeurs à écouter La donna è mobile en guise d’hommage au grand homme, après nous avoir exposé les causes médicales – cancer du pancréas – et le lieu du décès – sa villa à Modène, ville natale de l’artiste. La donna è mobile… certes, mais c’est sans doute un peu court ! Même les princesses du Aranby ont le droit d’entendre le titre de leur album mentionné au moins dix fois avant que le premier son de synthé ne sorte du poste. Et pourtant la qualité musicale de ces poupées gonflantes et interchangeables est aux antipodes de la qualité de l’œuvre défendue par le défunt soliste. Le nadir du son ! J’ai trouvé le pseudo-hommage chiche, voire mesquin.
La donna est dans le domaine public, certes, mais on est en droit de créditer son compositeur, et même pousser le vice jusqu’à dire de quelle œuvre est extrait cet aria. Je ne demande pas à ce que l’on précise que lorsque Giuseppe Verdi crée Rigoletto, le livret est inspiré par une pièce de théâtre écrite par Victor Hugo et intitulée Le roi s’amuse. Que dans cet extrait, le duc, séducteur invétéré, chante la frivolité de la gent féminine ce qui est tout de même très ironique.
Mais non, rien de tout cela, sans doute parce que la direction a jugé que ce n’était pas utile d’assommer les auditeurs avec ce genre de considérations. Car il faut laisser la place au sujet important : le rugby ! Moi, j’aime bien le rugby, ça nous change agréablement du foot et du spectacle pathétique de roulades sur gazon au moindre courant d'air… mais est-il si déraisonnable d’espérer un peu de culture dans un monde de brutes ?